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"Analyse du déclin économique britannique"

 

Propos pour un article d’atlantico.fr, 15 mars 2013

 

Question : Absence de stratégie productive et d'infrastructures, déficit d'innovation : une tribune publiée le 8 mars dans le Guardian accrédite l'idée d'un réel déclin économique britannique. Une idée qui n'est pas nouvelle mais la situation britannique est-elle aujourd'hui particulièrement préoccupante ? Quels indicateurs en attestent concrètement ?

Réponse : il me semble important de regarder ce processus sur longue période. Après un XIXème siècle exceptionnel dans tous les domaines (économique, militaire et diplomatique), le Royaume-Uni connaît tout au long du XXème siècle un déclin relatif quasi continu - notamment par rapport aux Etats-Unis, au Japon, à l’Allemagne et à la France - s’éloignant chaque jour un peu plus de son statut initial de « top dog ».

La situation change après les années Thatcher et jusqu’à la crise de 2008 : 3,2% de croissance annuelle de 1997 à 2007, grâce notamment à l’industrie financière (5% de la valeur ajoutée, 1 millions d’emplois, excédent extérieur supérieur à 1,6% du PIB en 2005).Il apparaît toutefois après coup que ce taux de croissance a été dopé par le déficit public, la hausse de l’immobilier et de la consommation alimentés par le crédit.

2009 est donc une année de choc brutal avec une baisse de PIB de 4% jamais compensée depuis. Les recettes des années 1990 sont mortes, et l’économie se trouvent dans une très grande difficulté marquée par deux tendances angoissantes citées par le Guardian : une « régression » économique liée à la baisse de la productivité, une incapacité à générer des excédents commerciaux quelle que soit la valeur de la monnaie.

Q : Les faiblesses britanniques peuvent-elles être comparables aux faiblesses françaises ? Sur quels points en particulier ? La France est-elle aussi menacée de déclin ?

R : de 1890 à 1990 le taux de croissance français a été systématiquement supérieur à celui du Royaume-Uni, jusqu’à deux points de plus pendant les Trente glorieuses. La situation s’est inversée dans les années 1990 en faveur du Royaume-Uni mais sur des bases dont on peut désormais douter du caractère répliquable à l’avenir.

Mais aujourd’hui la France et le Royaume-Uni sont tous les deux dans des situations très difficiles, avec quelques points communs (contribution négative du commerce extérieur à la croissance, perte du AAA) –mais aussi des différences majeures, avec la participation de la France à la zone euro. La très délicate situation britannique prouve d’ailleurs que la récupération par la France de sa souveraineté monétaire - prônée par certains - semble loin d’être la baguette magique permettant de régler tous les problèmes économiques.

Q : Peut-on aussi parler d'un déclin commercial ?

R : il y a clairement un déclin commercial pour les deux pays mais dans des configurations différentes.

Le Royaume-Uni est depuis longtemps dans une situation de déficit structurel de la balance courante, supérieur quasiment tout le temps à 2% du PIB, un peu à l’instar des Etats-Unis. Le drame actuel relevé par le Guardian est la persistance de ce déficit en dépit d’une dépréciation majeure de la livre !!!

Le schéma pour la France est un peu différent : la France est passée en une dizaine d’années d’un excédent de la balance courante à un déficit significatif du fait d’une réduction extrêmement rapide de ses parts de marché à l’exportation sur tous les marchés (Union Européenne, OCDE, monde).

Q : Est-il encore possible d'en sortir ? Et comment ?

R : le pire n’est jamais certain même si l’Occident - le monde OCDE dans son ensemble - est aujourd’hui face à un challenge inédit depuis plus de deux siècles de la part des grands émergents en phase de rattrapage économique rapide.

Dans l’Occident, on voit toutefois apparaître une importante différenciation de situation entre plusieurs types de pays : les pays qui souffrent beaucoup et qui sont d’ailleurs les plus nombreux (Europe du Sud, Royaume-Uni, France),  les pays qui s’en sortent beaucoup mieux (grosso modo l’Europe du Nord au sens large), les Etats-Unis étant dans une situation spécifique notamment du fait de la taille de leur économie et du rôle mondial du dollar.

La situation parfois brillante des pays d’Europe du Nord en termes de croissance et de performance commerciale montre qu’il est possible de s’intégrer dans la mondialisation sans remettre en cause les fondements de son modèle social. La bonne question est de savoir si cela est possible à tout le monde.

 


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