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"Le rétropédalage de l'Etat Providence est très difficile"

 

Propos pour un article de La Voix du Nord, 4 mars 2013

 

Question : Vous êtes l’auteur de « Réformes : mission impossible » (Documentation française). Un évènement précis a-t-il motivé votre livre ?

Réponse : j’ai vécu d’assez près deux tentatives de réformes qui ont échoué : l’affaire du CPE en 2006, le contrat première embauche (projet de loi finalement retiré), et la tentative de réforme des administrations fiscales tentées par Dominique Strauss-Kahn et Christian Sautter de 1998 à 2000. Il m’a semblé utile d’analyser pourquoi des réformes comme celles là ont échoué au cours des trente dernières années, afin d’en tirer quelques leçons pratiques.

Q : quelle conclusion tirez-vous : est-il si difficile d’entreprendre des réformes en France ?

R : il y a, en la matière, un lieu commun sur la très grande difficulté de la France à faire des adaptations réformatrices. Edgar Faure, éminent homme politique des IVe et Ve République ne disait pas autre chose quand il déclarait que « Les Français sont toujours en avance d’une révolution parce que toujours en retard d’une reforme ». Derrière cela, il y a aussi la tradition nationale deux fois séculaire de changements opérés dans des circonstances révolutionnaires ou au moins exceptionnelles : 1789, 1793, 1794, 1799, 1815, 1830, 1848, 1852, 1870, 1940, 1945, 1958, 1968…

Il faut toutefois être précis et faire la part des choses. Certaines réformes arrivent à passer même si elles induisent temporairement de fortes tensions et génèrent des passions politico-médiatiques : je pense aux réformes sociétales qui ont profondément transformé la société française au cours des quarante dernières années (contraception, majorité légale à 18 ans, IVG, dépénalisation de l’homosexualité, PACS…). Le récent débat aboutissant au « mariage pour tous » est le dernier avatar de cette séquence.

Q : la France est donc loin d’être conservatrice, pourtant vous titrez votre livre « Réformes : mission impossible... »

R : il y a donc des tas de domaines dans lesquels la France a vécu de grands changements depuis quarante ans. En revanche, il est vrai que la France semble avoir plus de difficultés à faire des transformations dans son modèle économique et social que la plupart de ses voisins; surtout dans le cas de changements vécus comme à la baisse.

Le rétropédalage en matière d’État providence – les « acquis sociaux », selon l’expression employée en 1993 par François Mitterrand – pour faire face à un impératif de compétitivité est difficile et douloureux. Le débat récurrent sur les retraites est un exemple emblématique. Il faut comparer les âges de départ à la retraite en Europe : certes on a une meilleure démographie, mais on reste décalé sur beaucoup de critères. En Italie, en Allemagne, on va passer progressivement à 67 ans ; les Suédois ont un système de comptes notionnels qui s’adapte automatiquement…

Q : les retraites, l’éducation... des réformes difficiles qui devraient pourtant s’imposer ?

R : c’est une question éminemment politique. A titre personnel, je pense qu’on ne peut pas laisser sous silence le champ des réformes concernant la jeunesse. L’intégration des jeunes dans la vie sociale et professionnelle semble un champ majeur, François Hollande en a d’ailleurs fait un thème clef de sa campagne. Pourtant, les gouvernements successifs, notamment de centre droit, ont accumulé les déconvenues depuis vingt-cinq ans en la matière : réforme Devaquet de 1986, CIP de 1994, CPE de 2006…

Un autre thème qui m’est cher est celui de la compétitivité économique de la France. En dépit d’une dégradation préoccupante de la position française depuis une quinzaine d’année, il n’a pas suscité énormément de débat politique avant la présidentielle de 2012 puis la publication du rapport Gallois.

 


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